COPYRIGHT:  Décembre 2007 - Jacques Simon TIMOTEI
Bibliographie Livre d'or ***
 

 

 

 COUTUMES ET CROYANCES CORSES

LA FETE PATRONALE

A FESTA PATRUNALE

 

Vous pouvez écouter sur cette page un extrait de la chanson "Quand'e tu balli tu" interprétée par FELI

 

 

Procession de la Saint-Jean à Bonicardo (24 juin 1979)Chaque village de Corse a son Saint protecteur. Je me souviens des fêtes patronales qui représentaient hier encore un évènement exceptionnel pour tous les habitants. C'était un rendez-vous qu'il ne fallait surtout pas manquer. Ce jour là, familles, parents amis, toutes les communautés voisines allaient se déplacer...

Depuis quelques jours, on s'affaire aux préparatifs pour essayer de faire mieux que l'année précédente et l'expérience aidant, pour essayer de faire même mieux que le village voisin.

L'église à fait l'objet d'un grand ménage, les chaises ont été rangées dans un alignement impeccable, des bouquets de fleurs des champs ont été cueillis ce matin et l'autel est recouvert d'une nappe blanche repassée par des mains expertes.

 

Dans les maisons, on se prépare à recevoir; on lave, on astique, on range avec soin, on fait l'inventaire des provisions. Grand-père va faire un tour in palmentu (à la cave), il y décroche le jambon conservé pour l'occasion et choisit un vin di sottu scala pour accompagner le cabri qu'il a tué hier

Il serait impensable que nos parents les plus proches ne viennent pas dîner. Et puis il y a les amis qui vont passer nous saluer, i furesteri (les étrangers) auxquels nous devons témoigner notre hospitalité.

Voilà, le grand jour est arrivé. Ce matin, les hommes, rasés de près portent le costume qu'ils réservent uniquement pour les grandes occasions (fêtes, mariages, enterrements), les femmes ont quitté leur blouse noire ou grise pour une belle robe qu'elles portent avec fierté et les enfants, empruntés dans leurs habits neufs, n'osent plus faire un geste de peur de se salir. A pied, à dos d'âne ou de mulet, les habitants des villages voisins arrivent lentement.

 

Sur la place de l'église les hommes du village, fiers sous leurs chapeaux noirs, les accueillent chaleureusement en chiquant de l'erba a tabaccu ou en fumant la longue pipe de bruyère. En attendant l'heure de la messe, les discussions s'animent, on échange les nouvelles, on s'inquiète de ne pas voir u tale (un tel), on philosophe, comme savent le faire si bien les gens de nos montagnes. A l'heure de la messe, les hommes sont peu nombreux dans l'église. Ils restent sur la place et tout en continuant à discuter, leurs voix s'atténuent. Ils ne s'interrompront le moment venu, que pour porter, chacun leur tour, le Saint en procession tout autour du village comme le veut la tradition.

Après l'office, u patrone di a casa (le patron de la maison), après s'être attardé sur la place du village, rentrera chez lui avec, bien souvent, un invité de la dernière heure qui sera accueilli dans le salottu (salle), une pièce remplie de beaux meubles et de portraits de personnages à l'allure sévère, accrochés aux murs, un endroit réservé aux grands jours, où l'on ne pénétrait que rarement.

Le repas, servi par la maîtresse de maison assistée d'une de ses filles, verra les plats se succéder et le vin couler sans retenue dans une ambiance que je ne retrouverai plus jamais. 

Après ce repas bien arrosé, en des temps plus lointains que je n'ai pas connu, avait lieu le traditionnel tire au coq. Le jeu consistait à lâcher le coq sur une grande esplanade en rase campagne. Certains, ceux qui en voyaient deux, avaient perdu d'avance. Le plus adroit, c'est à dire celui dont l'esprit était le plus claire, avait une chance d'inviter les perdants à manger du coq au vin la semaine suivante.

Au cours de l'après midi, a lieu le traditionnel jeu de boules, tandis que les plus assoiffés, attablés au comptoir formé d'une planche posée sur deux tréteaux, jouent à mora (la mourre), ce jeu qui consiste à former avec les doigts lancés face à face, le nombre crié. Après ces échauffements, voici qu'un groupe entonne une paghjella. La voix puissante et grave, la main en forme de conque portée à l'oreille, les chanteurs improvisent une histoire à laquelle chacun à son tour, donne la réplique en ajoutant son épisode. Ces instants de pure poésie parfois, qui pouvaient durer des heures, se terminaient lorsque l'imagination était tarie ou par épuisement.

 

Le soir tombe lentement, le village s'éclaire sous les guirlandes de lumière qui courent un peu partout, les premiers accords de musique résonnent. Jadis, les musiciens utilisaient des instruments comme la cetera, la caramusa, la cialambella, les chjoche, la ghjerbula, le fischjarolu, u viulinu. Mais l'instrument traditionnel des bals de village, reste aujourd'hui encore l'accordéon.Sur la place improvisée en piste de danse, jeunes et vieux s'élancent tandis que les jeunes filles sont étroitement surveillées par leurs parents ou par leurs frères.

Autrefois, la danse où l'on se serrait l'un contre l'autre n'existait pas. On dansait la tarentella, la manfarina, la moresca,  la polka, la mazurka, la contredance. Plus tard, on dansera la valse et le tango.

Dans la fraîcheur de la nuit, la fête s'achève, la place est presque vide, les musiciens fatigués rangent leurs instruments. Attablés au comptoirs, quelques inconditionnels ne s'en iront que lorsque les coups de fusils annonçant la clôture de la fête retentiront aux premières lueurs de l'aube.

 

 

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Dernière mise à jour pour cette page : 29 octobre 2016