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PERSONNAGES CELEBRES

 

THEODORE DE NEUHOFF

(1694-1756)

 


 

Théodor Stefan, Baron von Neuhoff est né le 24 août 1694 à Cologne. Il se trouve en Espagne, lorsqu’il fait la connaissance du chanoine Orticoni, envoyé à Madrid solliciter, pour la Corse en révolte contre Gênes, aide et protection de la Cour Espagnole.

Orticoni fait comprendre à Théodore que les Corses sont prêts à lui offrir le titre de roi s’il consent à se mettre à leur tête. Théodore accepte et en 1733, il part pour Livourne y entamer des négociations diplomatiques qui vont aboutir rapidement à la libération de Giafferi, Ceccaldi, Raffaelli et Aïtelli.

A partir de cet évènement les Corses vont lui accorder toute leur confiance. Dès lors, Théodore n’a plus qu’un but : réunir tout ce qu'il trouvera d'argent, d'armes et de munitions de toutes sortes. Il parcourt l'Europe, acceptant les dons de toute nature qui lui sont faits. Après un périple en Méditerranée, en passant par Tripoli, Tunis, Théodore, jugeant qu'il peut se présenter à son peuple d'une façon décente, fait voile vers la corse.

Le 20 mars 1736, un navire battant pavillon Anglais, accoste dans le port d’Aléria chargé de cadeaux : de l’argent, de la poudre, des fusils, des vêtement et en particulier des souliers en cuir dont le luxe était encore ignoré en Corse.

Sur l’échelle de coupée, on voit apparaître bientôt un curieux personnage dont la tenue vestimentaire surprend à plus d’un titre les Corses venus l’accueillir. Une suite de 16 personnes accompagne le mystérieux étranger aux habits d’apparat : Un officier, un maître d’hôtel, un cuisinier, un majordome, un chapelain, 3 esclaves maures et huit autre domestiques. C’est ainsi que notre île, fait la connaissance de Théodore de Neuhoff, futur premier et dernier roi de Corse au règne bien éphémère .

« " Je suis ici pour vous aider, pour aider le royaume de tout mon pouvoir et pour me consacrer moi-même à vos intérêts. Ma promesse de faire tout le nécessaire pour libérer la Corse de l’esclavage génois, je la remplirai scrupuleusement pourvu que de votre côté vous fassiez votre devoir envers moi. Je ne veux et ne demande qu’une chose : que vous me choisissiez pour Roi et me permettiez d’accorder la liberté  de conscience à tous ceux qui voudront venir d’autres pays habiter en Corse afin d’en accroître la population ».

 

Le 23 mars, les chefs Corses se rendent à Aléria et le 29, Théodore est à Cervioni accueilli par une foule enthousiaste. Le 15 avril 1736, au couvent d’Alesani, dans une assemblée générale tenue par le Général de Paoli et Giafferi, Théodore est proclamé roi de Corse, sous le nom de Théodore Ier.

Le nouveau monarque se met tout de suite à exercer son autorité; il commence d'abord par organiser une armée régulière, en formant vingt quatre compagnies, dont chacune est composée de deux cents hommes. Il se réserve pour lui le titre de général en chef, et les généraux nationaux lui servent d'aides de camp et de ministres.

Le 23 avril il se porte dans la piève de Casinca à la tête de vingt mille hommes armés. Un fort détachement est expédié à Porto-Vecchio pour protéger l'entrée des navires qui doivent (selon ses promesses) porter des secours aux patriotes. La ville de Sartène est assiégée et prise; on y trouve des armes et des munitions, et le 4 du mois de mai 1736 la ville de Bastia est assiégée; mais toute l'énergie et les efforts des patriotes sont inutiles; la ville est défendue par trois mille hommes, en grande partie Suisses, et auxquels s'est alliée la population de la ville.

Le roi Théodore promulgue un manifeste adressé aux habitants de Bastia, mais cette proclamation est rejetée avec dédain, et le gouverneur génois déclare Théodore et ses partisans coupables de haute trahison et de lèse majesté.

 

Tout en distribuant à profusion les charges, les titres et honneurs, il  fait des réformes utiles. Il proclame la liberté de conscience et appelle de Barbarie et de Morée des Juifs et des  Grecs, qui apportent en Corse leur industrie et leur argent. Il crée une armée disciplinée puis libère les villes de Porto-Vecchio et Sartène (avril 1736), attaque les villes génoises du littoral.

 

La république de Gênes particulièrement hostile n'épargne aucun moyen pour tenter de l’éliminer. Voyant que la révolution prend des proportions graves, elle cherche tous les moyens pour répandre dans toutes les nations du monde d'affreuses calomnies contre Théodore; puis elle a la lâcheté d'amnistier tous les assassins qui vivent en Corse ou sur son continent, et d'en former un corps d'armée ; quinze cents de ces scélérats débarquent sur le littoral de l'île et commettent des atrocités; mais, surpris sur les côtes de la Balagne, ils sont mis en déroute. Cent cinquante-cinq de ces criminels tombent entre les mains des patriotes; Théodore veut les faire mourir, mais Hyacinthe Paoli s'y oppose malgré l'avis de plusieurs de ses compatriotes et veut à tout prix leur sauver la vie.

 

Malgré les difficultés, Théodore continue à œuvrer au relèvement de la nation Corse.

Début mai il fonde un Hôtel des Monnaies (la zecca) à Ornetu de Tavagna, où seront frappées à son effigie des pièces d’or, d’argent et de cuivre portant les lettre T.R. (Theodorus Rex) et dont l'exergue représente un bouclier entouré de lauriers et surmonté d'une couronne. Les monnaies de cuivre portent sur le revers les mots : Pro bono publico regni Corsicæ, et celles d'or et d'argent portent : Pro bono et libertate.


A la mi mai, Théodore confisque les biens des Corses pro-génois au profit du Trésor Royal. 

Il s'efforce de transformer les villes en centres d'industries, il y établit des tanneries et des fabriques d'armes, il encourage l'exploitation des salines.

Mais les munitions sont bientôt épuisées et en septembre 1736, Théodore décide de partir pour Livourne après avoir formé un conseil de régence, composé de Giacinto Paoli, Luigi Giaffcri et Luca d'Ornano.

 

C'est alors que la république qui vient de mettre à prix la tête du souverain, fatiguée d’être battue en brèche par les troupes Corses commandées par d’Ornano et le brave curé de Zicavo, s’en remet à la France qui, avec à sa tête le comte De Boissieux, entame la pacification de l’île.

A son retour, Théodore déçu par l’accueil plutôt froid de ses sujets décide de repartir pour Naples, confiant ses intérêts dans l'île à son neveu le baron de Drost.

 

Pendant ce temps, la France décide de remplacer De Boissieux par le marquis de Maillenois qui, peu après son arrivée, publie une proclamation invitant les Corses à obéir aux ordres du roi et finit par gagner leur sympathie en faisant preuve de justice et d’équité.

Au mois de janvier 1743, Théodore, venant d'Angleterre, débarque à l’Ile-Rousse avec des armes et des munitions ; peut-être aurait-il trouvé les Corses disposés à adhérer de nouveau à sa cause s'il n'eût commis la maladresse de proclamer rebelles, ceux qui jouissaient de la confiance du peuple : Paoli, Giafferi, Orticoni et Salvini. Aussi, à l'annonce qu'il fait de secours importants, les Corses lui répondent qu’ils ont surtout besoin d'actes et non de promesses.

Le roi dépossédé, après avoir tenté en vain d'employer la force en bombardant Ajaccio, quitte l'île et s’embarque de nouveau pour Livourne. De là il retourne à Londres (1749) où ses créanciers le font jeter en prison. Il y restera trois ans et en sortira en vertu d'un acte d'insolvabilité.

 

Le 11 décembre 1756, il meurt dans l'indigence et est enterré dans la fosse commune du cimetière Sainte Anne de Westminster.

La profonde misère dans laquelle s'est éteint Théodore émeut le ministre Anglais Horace Walpole  qui ouvre en sa faveur une souscription et lui fera graver en 1957 cette épitaphe sur une pierre scellée sur le mur extérieur de l’église de Sainte Anne de Soho Square :  "Près d’ici est enterré Théodore, roi de Corse qui mourut dans cette paroisse, le 11 décembre 1756 immédiatement après avoir quitté la prison

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du " Banc du roi " par le bénéfice du fait d’insolvabilité. En conséquence de quoi il enregistra son royaume de Corse pour l’usage de ses créanciers".

 

 

" The grave, great teacher, to a level brings

Heroes and beggars, galley slaves and kings.

But Theodore this moral learned ere dead:

Fate poured its lessons on his living head,

Bestowed a kingdom, but denied him bread”.

 

Le tombeau de ce grand maître, met au même niveau Héros et mendiants, galériens et rois.

Mais Théodore apprit sa moralité avant que d’être mort. Le destin répandit ses leçons sur la tête vivante, Il lui accorda un royaume et lui refusa du pain ".

 

 

Théodore de Neuhoff, trop souvent injustement qualifié de "roi d'opérette", avait pourtant choisi de consacrer son règne à œuvrer pour libérer de la terrible oppression génoise ce petit royaume que le peuple de Corse lui avait offert.

Respectueux jusqu'à sa mort du serment qui le liait à cette terre à laquelle il avait promis la liberté, Théodore de Neuhoff n'a jamais été pour notre pays l'aventurier que l'histoire  a toujours voulu nous dépeindre. Il mérite que nous lui rendions justice.

  

Théodore, un roi pour la Corse (Accademia Corsa)

Théodore de Neuhoff, roi de Corse (ADECEC)

 

     

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Date de mise à jour pour cette page : 10 décembre 2017