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PERSONNAGES CELEBRES

 

SAMPIERO CORSO

(1498-1567)

 


 

Sampiero est né à Bastelica le 23 mai 1498 dans une famille modeste.

Attiré par l'aventure des armes, il abandonne très trop son village pour s'engager comme mercenaire en Italie, d'abord en Toscane puis à Rome. En 1536, il entre définitivement au service du roi de France. Ses exploits se multiplient sur les champs de bataille de l'Europe et son courage lui vaut de gravir rapidement les échelons de la hiérarchie militaire. En 1547, peu avant sa mort, François 1er le nomme Colonel de l'infanterie corse au service du roi.

Par ses origines et par les liens qu'il a toujours gardé avec son pays, Sampiero, sujet de la Sérénissime République de Gênes et plus exactement de l'Office de Saint-Georges, s'est toujours senti concerné par les affaires de la Corse et il n'hésite pas à prendre le parti de ses compatriotes opprimés. A plusieurs reprises il se rend en Corse où ses exploits l'on rendu célèbres et où on voit en lui un protecteur influent.

C'est en 1545, au cours d'un voyage en Corse, qu'il épouse à l'âge de 48 ans la jeune Vannina âgée de 15 ans, fille unique de François d'Ornano.

Vannina d'Ornano appartient à une lignée qui a fait acte d'allégeance envers la Sérénissime République de Gênes. Son père, pour entretenir son rang, n'a jamais cessé de courtiser Gênes et se signale par l'aide qu'il apporte dans les pires moments aux représentants de l'Office menacés par les rebelles corses.

 

En 1548, Sampiero revient en Corse et se heurte à l'autorité génoise représentée à Bastia par le gouverneur Spinola qui n'apprécie pas son intervention pour prendre la défense de certains colons récalcitrants de Bastelica et de Porto-Vecchio. Gênes qui le suspecte alors de comploter avec des "bannis" et de vouloir s'emparer de Bonifacio le fait arrêter et enfermer à la citadelle de Bastia. Cet épisode va déclencher chez Sampiero qui ne sera libéré que sur l'intervention directe du roi de France, une rébellion qui va faire de lui un héros national.

En 1553, de retour en Corse à la tête d'une escadre Franco-Turque, Sampiero brandit l'étendard de la révolte et remporte quelques succès sur les Génois commandés par Andrea Doria mais il est rappelé en France en 1555.

Le 03 avril 1559, le traité de Cateau-Cambresis restitue la Corse aux Génois. Cette nouvelle est un coup terrible pour tous les insulaires qui avaient embrassé le parti français. Cependant Sampiero ne se décourage point, et espère encore d'arracher la Corse des mains de ses ennemis.

 

Lorsque Sampiero, en 1562, décide de se rendre à Constantinople, il règle ses affaires et fait son testament auprès du notaire Champorcin de Marseille en instituant comme héritiers ses fils et laisse l'usufruit de ses biens à son épouse Vannina qui pourra en jouir de son vivant.

Cependant les directeurs de l'Office de Saint-Georges, instruits des desseins de Sampiero, songent à s'emparer de sa femme, qui habitait Marseille. Des pressions, faites d'alternances de promesses et de menaces, s'exercent sur Vannina par l'intermédiaire du précepteur de ses enfants en relation étroite avec Gênes qui a conçu le projet de porter un coup à Sampiero en ralliant à sa cause sa propre épouse. On la persuade de ne pas attendre le retour hypothétique de son mari pour venir se réfugier à Gênes et se placer sous la protection rassurante de la sérénissime. En septembre 1562, Vannina cède à ces pressions, vend à la hâte quelques effets personnels et de l'argenterie puis munie d'un sauf-conduit qu'on lui a fait parvenir de Gênes, elle s'embarque pour la Ligurie en emportant ses biens et en amenant avec elle son jeune fils aîné Alphonse, le précepteur Ombrone et un fidèle serviteur.

Sampiero, qui est encore à Alger a eu vent des infâmes négociations et aussitôt, il renvoie à Marseille son compagnon, Antonio di San Fiurenzo avec la mission de surveiller son épouse et de lui retirer la procuration qu'il lui avait donné avant de partir pour gérer ses affaires. A Marseille, après s'être acquitté de sa mission, San Fiurenzo se lance à la poursuite de Vannina dont l'embarcation est rattrapée à la hauteur du petit port d'Antibes et arraisonnée. La fugitive, accusée de comploter contre le Roi de France pour le compte de Gênes est arrêtée et emprisonnée à Marseille avant d'être jugée par le parlement d'Aix en Provence qui l'absout sur la base d'accusations sans fondement. Mais Sampiero, de retour en juillet 1563, exige du parlement que sa femme lui soit rendue. 

Vannina connaissait la haine mortelle que son mari avait vouée dès les Premiers jours de leur mariage, aux Génois. Elle avait vu couler son sang; elle avait pansé ses blessures. Elle savait que la tête de son mari avait été mise au prix de 4,000 ducats. Elle n'ignorait pas toutes les misères dont sa Patrie était accablée; elle savait enfin que son mari, privé de l'appui de la nation pour laquelle il avait combattu, errait dans des contrées lointaines, cherchant des armes et des secours afin de briser le joug qui opprimait son pays. C'est dans une circonstance aussi éminemment critique qu'elle trahit sa patrie, son mari, et se rendit parricide en livrant aux mains des Génois son fils, qui aurait subi, sans doute, le même sort que le fils de Rinuccio de la Rocca.

Une quinzaine de jours plus tard, la sentence privée est appliquée ; Sampiero demanda pardon à sa malheureuse épouse puis l'étrangla de ses propres mains, châtiant ainsi sa trahison. Protégé par Catherine de Médicis le crime qu'il venait de commettre resta sans suite.

La lutte qui dura trente mois (du 15 juin 1564 au 17 janvier 1567) dépassa en atrocités toutes les précédentes.

Les ennemis ne connaissaient plus aucun ménagement. Sampiero jetait les prisonniers en pâture à ses chiens; les Génois torturaient les Corses tombés entre leurs mains avant de les pendre; les femmes elles-mêmes se livraient sur les prisonniers à de monstrueuses cruautés. L'exaspération était à son comble, les d'Ornano brûlaient des villages entiers. Les maisons du village de Pozzo-di-Borgo furent incendiées par les Génois et Sampiero qui soupçonnait ses habitants d'espionnage les fit dévorer par ses chiens. A Vescovato, il jeta dans le feu les prisonniers Génois et poignarda de sa propre main les capitaines Corses qui servait dans leurs rangs. C'était un échange d'horribles représailles.

Le caractère autoritaire barbare et violent de Sampiero fut en partie la cause de sa perte. Déjà, plusieurs de ses compagnons, las de son despotisme, l'avaient abandonné.

 

A l'automne 1566, le vent de la révolte semble s'être appaisé et les rapports adressés à Gênes par le commissaire Fornari sont optimistes ; Cependant, au début de l'année 1567, les derniers partisans de Sampiero lui font savoir qu'il y a encore de nombreuses communautés qui ont sollicité le pardon de Gênes et qu'il serait bon qu'il vienne se rendre compte sur place de la situation. Ce devait être la dernière chevauchée de Sampiero dont les moindres déplacements étaient suivis par le nouveau commissaire Fornari.

Il se met en route aussitôt, arrive à Cauro où les traîtres achetés par Gênes ne manquent pas... Ercole d'Istria, les frères Ornano, et d'autres qui, comme Vittolo arment leurs bras contre Sampiero en se mettant aux ordres de Giustiniani. Sampiero établi son camp à Ciglio au moment où Giustiniani avec ses cavaliers et une escouade de fantassins quitte Ajaccio pour se porter à sa rencontre. La colonne génoise franchit le Prunelli le 17 janvier au matin et elle avance jusqu'à Suarella. Un simulacre de combat orchestré par Vittolo a pour but d'attirer Sampiero dans un piège. Croyant son capitaine en danger, Sampiero se précipite pour lui venir en aide et péri  sous les coups portés par les frères Michelangelo et Antonio d'Ornano qui faisaient partie de la troupe conduite par le capitaine Raffaelle Giustiniani. Ses assassins le découpèrent en morceaux qu'ils envoyèrent à Ajaccio à Francesco Fornari qui exposa sa tête sur une pique à la porte de la ville et une jambe sur le bastion. Il ne pu réunir les restes du corps car les soldats en voulurent garder chacun un morceau pour mettre à leur lance en guise de trophée. Des réjouissances solennelles furent organisées.

Le 1er avril 1569, le crâne de Sampiero était encore exposé sur la porte de la ville. Alfonso d'Ornano fit de l'enlèvement de ce macabre trophée, la première condition de la paix.

 

Sampiero est mort en soldat, sur son cheval, les armes à la main... il était âgé de soixante-dix ans et depuis l'âge de vingt ans, il avait risqué sa vie sur les champs de bataille. Condottiere valeureux, il servit successivement plusieurs maîtres avec fidélité, mais il n'embrassa qu'une cause à laquelle il consacra ses dernières années : secouer le joug de l'oppresseur génois. Il a suscité l'admiration et le respect auprès des siens mais il n'a pu échapper ni à la jalousie ni à la trahison.

     

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Date de mise à jour pour cette page : 01 mars 2018