Clan familial Nantes : 350 kg de drogue saisis

| Idées principales | Détails et contexte |
|---|---|
| đ« Guerre des clans Ă Nantes | M.A., 24 ans, crĂ©e son rĂ©seau rival au quartier Bellevue avec prix cassĂ©s. |
| đ„ Escalade des violences | Six fusillades entre fĂ©vrier et avril 2019, culminant avec un mort au bar Moonlight. |
| đšââïž Structure criminelle organisĂ©e | Coordonner fournisseurs, logisticiens, tireurs et chef pour opĂ©rations complĂštes. |
| đ RĂ©seau de trafic de drogue | Deux frĂšres approvisionnent en go-fast depuis l’Essonne vers rĂ©gions françaises. |
| đŠ Saisies spectaculaires | 350 kilos rĂ©sine, 3 armes, 12 600 euros, 5 vĂ©hicules en une seule nuit. |
| âïž EnquĂȘte et procĂ©dures judiciaires | Renvoyer treize adultes et deux mineurs en cour d’assises spĂ©ciale pour crimes. |
350 kilos de résine de cannabis, trois armes à feu, 12 600 euros en liquide et des dizaines de doses de cocaïne récupérées en une seule nuit.
Le 10 au 11 aoĂ»t, les forces de l’ordre ont mis un terme brutal Ă l’aventure d’un rĂ©seau familial qui alimentait tranquillement une partie de Nantes depuis plusieurs mois. J’ai suivi cette affaire avec attention, et franchement, certains dĂ©tails donnent le vertige.
đ« Ă Nantes, une guerre des clans sur fond de trafic de stupĂ©fiants

Tout commence, en apparence du moins, fin fĂ©vrier 2019. Des tirs de kalachnikov Ă©clatent dans le hall d’un immeuble, en plein mariage. M.A., 24 ans, est au centre de la scĂšne. Ce jeune homme entretient des liens Ă©troits avec le clan L. du quartier Malakoff, qui contrĂŽle une partie significative du marchĂ© de la drogue nantais. Sauf que M.A. a dĂ©cidĂ© de jouer solo. Il monte son propre rĂ©seau dans le quartier Bellevue, avec des prix qui cassent le marchĂ©. Mauvaise idĂ©e, visiblement.
Ce qui suit ressemble Ă un agenda trĂšs chargĂ©, mais pas franchement pour des raisons enviables. Mi-mars 2019, fusillade au bar Ă chicha Copacabana, un blessĂ©. DĂ©but avril, un homme cagoulĂ© tire sur M.A. devant chez lui : touchĂ© Ă la main, la hanche et la cuisse. Fin avril, fusillade mortelle au bar Moonlight. Les enquĂȘteurs relient six scĂšnes de tirs consĂ©cutives, de la fusillade du mariage jusqu’au Moonlight. C’est du travail de prĂ©cision, et pas du cĂŽtĂ© des trafiquants cette fois.
Les tensions dĂ©bordent ensuite sur la place MendĂšs-France, en plein coeur du quartier Bellevue. Deux semaines aprĂšs le 1er avril, des tirs Ă©clatent de nuit. Trois jours plus tard, quatre jeunes hommes sont blessĂ©s par balle au mĂȘme endroit. Les tireurs font feu depuis des scooters et un break. L’un d’eux est mineur. Dans une conversation interceptĂ©e, il affirme qu’il est payĂ© pour ça, avant d’expliquer aux enquĂȘteurs qu’il voulait juste « impressionner » ses interlocuteurs. On a connu des candidatures plus convaincantes pour un job d’Ă©tĂ©. đ
Au total, treize personnes ont Ă©tĂ© renvoyĂ©es devant la cour d’assises spĂ©ciale d’Ille-et-Vilaine, et deux jeunes hommes devant la cour d’assises des mineurs de Loire-Atlantique. Sept d’entre eux ont fait appel de leur mise en accusation. Les rĂŽles identifiĂ©s couvrent l’ensemble de la chaĂźne criminelle :
- đ§ Fournisseurs d’armes, chargĂ©s d’alimenter le rĂ©seau en matĂ©riel
- đ Logisticiens gĂ©rant les vĂ©hicules et les planques d’arsenaux
- đŻ Tireurs exĂ©cutant les « missions » commanditĂ©es
- đ Chef de clan coordonnant l’ensemble des opĂ©rations
Les statistiques 2023 du parquet de Nantes confirment que la situation ne s’est pas miraculeusement rĂ©solue : une quarantaine d’Ă©pisodes de tirs ont Ă©tĂ© recensĂ©s sur fond probable de rĂšglements de comptes, faisant quatre morts, dont deux dans le seul quartier Bellevue.
đ§ł Des valises de cannabis et des go-fast vers Toulouse, Brest ou Paris
La nuit du 10 au 11 aoĂ»t marque un tournant. L’OFAST de Nantes, l’Office Anti StupĂ©fiants, suivait patiemment depuis plusieurs mois deux frĂšres ĂągĂ©s de 23 et 26 ans, approvisionnant le quartier Doulon-BottiĂšre. Les unitĂ©s d’Ă©lite de la BRI de Nantes interviennent simultanĂ©ment Ă Basse-Goulaine, au domicile familial, et dans un appartement de la BottiĂšre situĂ© Ă cent mĂštres Ă peine d’un point de deal majeur. La discrĂ©tion, ça a ses limites gĂ©ographiques.
Le bilan des saisies est impressionnant. Voici ce que les enquĂȘteurs ont mis sous scellĂ©s :
| ĂlĂ©ment saisi | QuantitĂ© / Montant |
|---|---|
| đż RĂ©sine de cannabis | 350 kg (dans 10 valises) |
| đ± Herbe de cannabis | 10 kg |
| đ CocaĂŻne | Dizaines de doses |
| đ« Armes Ă feu | 3 |
| đ¶ EspĂšces | 12 600 euros |
| đ VĂ©hicules | 5 |
Le mode opĂ©ratoire des deux frĂšres mĂ©rite qu’on s’y attarde. Ils partaient ensemble, de nuit, au volant de puissants vĂ©hicules changĂ©s chaque semaine, en convoi de type go-fast. Direction des aires de repos autoroutiĂšres ou des sorties de pĂ©age sur Agen, Brest, Toulouse, Poitiers, et la rĂ©gion parisienne. Le chargement provenait de l’Essonne. Ils rĂ©cupĂ©raient la rĂ©sine et rentraient sur Nantes dans la mĂȘme nuit. Efficace. Et sans doute Ă©puisant, mais pas le genre de fatigue dont on se plaint Ă la machine Ă cafĂ©.
Pour complĂ©ter le tableau, en avril 2019, les enquĂȘteurs avaient dĂ©jĂ mis la main sur un arsenal dans le sous-sol d’un immeuble nantais : plusieurs kalachnikov, fusils Ă pompe, une dizaine de pistolets automatiques, 60 kg de cannabis, 400 g de MDMA et une balance de prĂ©cision. Les deux affaires illustrent l’Ă©tendue rĂ©elle de ces organisations, bien au-delĂ du simple point de deal.

âïž Quand la justice referme le piĂšge sur ces rĂ©seaux criminels
Ce qui frappe dans cette affaire, c’est la patience et la rigueur du travail d’enquĂȘte. La juridiction interrĂ©gionale spĂ©cialisĂ©e (JIRS) de Rennes a supervisĂ© les opĂ©rations, avec la police judiciaire nantaise et l’OFAST en premiĂšre ligne. Le procureur Antoine Leroy a lui-mĂȘme saluĂ© « un remarquable travail d’enquĂȘte » aprĂšs les interpellations d’aoĂ»t. Cinq individus ont Ă©tĂ© dĂ©fĂ©rĂ©s devant le juge d’instruction, le parquet requĂ©rant leur placement en dĂ©tention provisoire.
La question des mineurs impliquĂ©s reste particuliĂšrement prĂ©occupante. Deux jeunes hommes ont Ă©tĂ© renvoyĂ©s devant la cour d’assises des mineurs de Loire-Atlantique, ce qui pose concrĂštement la question de l’Ăąge d’entrĂ©e dans ces rĂ©seaux et des mĂ©canismes de recrutement. Un tireur mineur interceptĂ© affirmait ĂȘtre rĂ©munĂ©rĂ© pour ses actes, avant de se rĂ©tracter en parlant de « bluff ». Entre les deux versions, il y a une rĂ©alitĂ© que les enquĂȘteurs connaissent mieux que quiconque.
Ces affaires rĂ©vĂšlent aussi l’organisation trĂšs structurĂ©e de ces clans familiaux nantais : fournisseurs, logisticiens, exĂ©cutants, commanditaires, chaque maillon a son rĂŽle, exactement comme dans n’importe quelle entreprise, sauf que les « primes de rĂ©sultats » prennent ici une tout autre forme. La vraie force de ces rĂ©seaux tient Ă leur capacitĂ© d’adaptation, notamment ce changement de vĂ©hicules toutes les semaines, qui complique considĂ©rablement le travail de surveillance. C’est prĂ©cisĂ©ment ce type de dĂ©tail opĂ©rationnel que les enquĂȘteurs doivent dĂ©cortiquer pendant des mois avant de pouvoir frapper.