COPYRIGHT:  Décembre 2007 - Jacques Simon TIMOTEI

Bibliographie Livre d'or ***
 

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LES PENITENCIERS AGRICOLES

COTI-CHIAVARI

 

 

L'implantation des pénitenciers agricoles de Castellucciu, de Casabianda et de Coti-Chiavari procède de deux pratiques : L'exil des prisonniers de droit commun et la volonté d'une politique de colonisation de caractère agricole préconisée et voulue par Napoléon III comme un moyen de permettre la mise en valeur de l'île et plus particulièrement des plaines littorales demeurées répulsives en raison du fléau de la malaria.

La dernière tentative d'installation en Corse d'une population extérieure remonte à 1713 et se solde par un échec : Les colons venus de Chiavari, sur la côte Ligure, sont décimés par la maladie ou traqués par les habitants de Quasquara, de Campo et de Frasseto.

 

 

En 1919, le maire Antona relate les circonstances dans lesquelles s'est faite à Coti-Chiavari la prise de possession des lieux :

"C'est par un beau matin de de janvier 1855 qu'une multitude de gendarmes, de fonctionnaires, d'hommes d'art et de détenus partirent d'Ajaccio, débarquèrent sur la plage de Vergia, s'acheminèrent vers Chiavari et vinrent munis de provisions, d'outils, de matériel de campement, faire halte sur l'emplacement désigné pour la construction de la maison centrale. Or, précisément sur cet emplacement se trouvait le groupe d'habitations le plus important de la localité; de sorte que, pour pouvoir commencer les travaux, l'expulsion des habitants s'imposait. Ces derniers furent donc sommés de déguerpir. Contrairement au résultat désiré, ils eurent l'audace de résister à cet ordre. Alors se produisit une scène inénarrable. Hommes, enfants, vieillards, tous sont bousculés, violemment arrachés de leurs domiciles et leurs denrées jetées sur la voie publique pendant que, sans désemparer, les coups de pioche des démolisseurs retentissent de toutes parts. Comble de sans-gêne ! Pour montrer sans doute qu'ils étaient investis de pouvoirs discrétionnaires illimités, les agents de la force publique mettent les hommes en état d'arrestation et, menottes aux mains, les conduisent au parquet d'Ajaccio comme des malfaiteurs !".

Les habitants de Coti-Chiavari et du hameau de la Costa protesteront longtemps contre la "spoliation" dont ils ont été victimes.

 

Le pénitencier de Coti-Chiavari était l’un des trois grands pénitenciers agricoles de Corse avec Casabianda sur la plaine orientale et Castelucciu sur les hauteurs d’Ajaccio. Les prisonniers y travaillaient en semi-liberté.
Les premiers détenus qui y sont transférés le 10 février 1855 sont employés à la construction de routes et au défrichage de terrains pour permettre le développement des cultures maraîchères destinées aux prisonniers.
En 1862, une véritable exploitation agricole de plus de six cent hectares de pâturages, prairies naturelles et vergers et deux cent trente trois hectares de vignes et de bois fait vivre le pénitencier et l’on n’y compte pas moins de seize bœufs, vingt-cinq mulets, neufs chevaux, dix-huit vaches, deux taureaux, neufs génisses, dix veaux et cinq cent moutons.
Mais le travail intensif, les mauvais conditions d’hygiène de vie, un climat insalubre et surtout la Malaria qui sévit dès la première année, entraînent un taux de mortalité de près de 80% de la population carcérale ; ce sont entre vingt et cent détenus qui meurent chaque année.
Malgré les peine sévères qui leurs sont infligées, ce sont plus d’une centaine de détenus qui tentent de s’évader au cours de la première année 1855.
En 1856, le registre de la population carcérale du pénitencier agricole de Coti-Chiavari fait état de 777 détenus et seulement 23 gardiens. Au 31 décembre 1859, on dénombre 875 détenus.

Son fonctionnement ayant été jugé peu rentable, le pénitencier de Chiavari cessera de fonctionner le 1er juillet de l’année 1906 et les quelques deux cents détenus encore présents dans les cellules seront transférés à Cayenne. Les terres du domaine, ainsi que les bâtiments seront remis à la direction générale des Eaux et Forêts pour être intégré au domaine forestier de l’Etat.

 
Abandonné durant plus d’un siècle, utilisé comme prison pendant la guerre, souvent visé par des projets qui n’ont jamais vu le jour, les bâtiments, dont il ne reste plus que la grange à fourrage et les caves, ont été détruits par les pelleteuses et le site à été saccagé avant que l’on ne prenne enfin conscience de sa valeur patrimoniale.
Après 51 ans de vie active et un siècle d'abandon, le pénitencier de Coti-Chiavari est aujourd'hui restauré et accueille dans un cadre exceptionnel, concerts et mariages.

 

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Le barrage, construit en amont du pénitencier, a une retenue de 25000 mètres cubes. Véritable ouvrage d’art, laissé lui aussi à l'abandon depuis 1906 a été réhabilité entre 2008 et 2012. Sa construction a été réalisée par les prisonniers en 1870 pour retenir l'eau et irriguer les cultures.

 

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Le cimetière de Campestra, que l’on ne saurait dissocier de l’histoire du pénitencier, mérite à son tour de reprendre sa place dans la mémoire collective.

 

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Date de mise à jour pour cette page : 22 juin 2018