Bibliographie Livre d'or ***
 

 

 

 COUTUMES ET CROYANCES CORSES

CROYANCES ET SUPERSTITIONS

USI CORSI

Vous pouvez écouter sur cette page un extrait de la chanson "Amerindianu" interprétée par DIANA DI L'ALBA

 

J'ai souvent entendu répéter ces mots: "In corsica, tanti paesi, tante usanze" (en corse, autant de villages, autant d'habitudes). Chaque région de l'île a su conserver comme autant de trésors, ses traditions, ses usages et ses coutumes.

A Travers les siècles, la tradition orale a perpétué le mythe de l'étrange et du merveilleux. La mémoire des Corses, chargée d'histoire et de culture, s'est transmise de génération en génération jusqu'en des temps pas très lointains.

Aujourd'hui, lorsque ce passé dilué nous parvient à travers les bribes du souvenir de notre enfance, nous cherchons à en restituer l'essence avec parfois une nostalgie infinie.

Un lieu, des visages graves sur quelques photos jaunies, nous interrogent et nous plongent dans un univers révolu d'us, de coutumes et de croyances.

 

Chaque village, chaque hameau a son église. Devant cette église il y a le plus souvent un arbre: un chêne, un châtaignier, un  olivier, quelquefois un tilleul,  mais jamais un noyer car son ombre est mauvaise: "Ne t'endors jamais sous un noyer!" conseille le dicton.

Habitués à vivre dans un univers de silence et de solitude, dans leurs villages où ne passait aucune route, les bergers étaient portés vers le mystérieux.

Ils lisaient l'avenir dans les oeufs, dans l'omoplate d'un agneau sacrifié, croyaient aux mauvais esprits, à ces Steghe (sorcières) qui prenaient l'apparence de vieilles femmes ou savaient se rendre invisibles afin de s'introduire la nuit dans les maisons pour boire le sang des petits enfants.

Ils croyaient fermement aux Acciatori, ces esprits invisibles qui, au détour d'un chemin, armés d'une hache, se jetaient sur les passants et leur fendaient le crâne.

Ils croyaient aux présages qu'ils devinaient dans le vol des oiseaux, l'aspect du ciel, le comportement des animaux.

Ils ont vu les Spiriti (les esprits) défiler en procession et récitant le chapelet devant la porte des agonisants, entendu les roulements de tambour annonçant une mort prochaine...

La religion se mêlait aux pires superstitions.

 

Un progrès que nous aimons à signaler dans notre pays, c'est la disparition presque complète des nombreuses superstitions qui s'observaient autrefois. S'il reste encore quelques regrettables préjugés en Corse, ils sont refoulés dans certaines contrées reculées, et ils n'ont plus aucune autorité ni influence sur l'esprit des habitants, si l'on exceptc quelques vieilles femmes trop crédules et qui n'appartiennent pas à cette nouvelle génération.

La chouelte, avec son cri interrompu et lugubre, n'est plus l'oieau de la mort. Le chant faible et sépulcral du hibou ne fait plus aucune impression,
même sur les enfants les plus timides. On n'entend plus sonner le tambour  à minuit comme indice de la prochaine mort de quelqu'un dans le village.
Les aboiements nocturnes des chiens ne sont plus d'un mauvais augure. Les morte ne viennent plus du cimetière pour réciter le chapelet à celui qui, dans peu de jours, doit les rejoindre. La voix nocturne n'appelle plus celui qui doit bientôt mourir. Le chant de la poule n'apporte plus de malheur dans la maison. Les esprits follets ne se font plus voir sous diverses formes pour tourmenter les hommes. Les sorciers ont tous disparu, et les mères n'attachent plus de talismans au. cou de leurs enfante, pour éloigner ces envoyés de l'enfer qui venaient leur sucer le sang dans le berceau. Enfin, les ouragans etl les tempêtes ne sont plus les indices de quelque sanglante catastrophe.
Ces anciennes superstitions ne sont plus, pour la génération actuelle, que des légendes et des contes, qu'elle aime à entendre raconter au foyer comme passe-temps dans les longues soirées d'hiver.
 

LA FATTURA

Cependant il nous reste encore la fattura, c'est-à-dire le mauvais-oeil. La fattura ou jattatura, comme l'appellent les Napolitains, est toujours l'épouvantail des Italiens, surtout des habitante des Deux-Siciles, où la croyance en est tellement enracinée, que les personnes suspectes de jeter avec leurs regards le mauvais-oeil, sont évitées comme des pestiférés.
En Corse, on ne désigne jamais personne comme possédant cet esprit malfaisant; mais si quelqu'un s'approche d'un enfant et lui dit qu'il est beau, sage, etc.., il faut qu'il y joigne : Que Dieu le bénisse, autrement la mère, ou la personne qui tient l'enfant, lui fait des reproches.
Lorsqu'une femme craint que son fils soit innochiato, frappé du mauvais oeil, elle s'empresse d'appeler la femme qui sache le charmer. Cette femme, qui jouit de la réputation de guérir les enfants atteints de cette maladie, arrive, regarde l'enfant, et puis elle se fait apprêter une lampe de cuisine en fer, qu'elle allume ; elle fait ensuite verser de l'eau dans une assiette qu'elle confie à une personne qui se trouve dans la maison ; tout cela fait, elle commence par se signer trois fois de la croix et récite en secret des prières. Lorsqu'elle a fini, elle recommence le signe de la croix, et faisant apporter l'assiette qui contient l'eau, au-dessus de la tête de l'enfant, elle plonge deux de ses doigte dans l'huile de la lampe et laisse tomber quelques gouttes dans l'assiette: c'est d'après les formes que ces gouttes d'huile prennent en tombant dans l'eau qu'elle prononce les oracles.

Si les gouttes d'huile ne donnent pas à la femme une assurance complète que l'enfant soit atteint parle mauvais-oeil, alors elle renouvelle le charme pour le mal des vers, dont les enfants sont souvent exposés à être tourmentés.
Pour procéder à celle opération, elle prend une balle de plomb, qu'elle met dans une lampe en fer sans huile; elle place cette lampe sur les charbons ardente ; lorsque le plomb est fondu, elle prend une assiette où l'on a versé de l'eau, et après s'être signée encore trois fois du signe de la croix et avoir dit des mots en secret, elle verse le plomb fondu dans l'assiette. Si le métal, en louchant l'eau, se sépare en lignes se dirigeant d'un côté et d'autre, alors le malade est vraiment atteint par les vers; mais si le plomb forme une masse, elle prononce ses oracles el affirme que le mal des vers n'y est pour rien.
Enfin, si dans le mauvais-oeil, comme dans le mal des vers, les signes se montrent apparents par l'effet que produit le charme sur le malade, la femme prononce la guérison complète et instantanée de l'enfant.
Les curés et tes prêtres n'ont pas failli à leurs devoirs, qui étaient de prémunir la population contre ce sortilège et cette impiété ; malheureusement ils n'ont pu jusqu'à présent obtenir de ces femmes qu'elles renoncent à leurs enchantements, ni même qu'elles cessent d'y croire.
 

L'INGERMATURA

Une autre superstition encore plus curieuse, c'est l'Ingermatura ou charme contre tout attentat à la vie de l'homme, et surtout contre les coups
d'armes à feu et les coups d'armes blanches.
Les bandits qui avaient porté la désolation et la mort dans tant de familles, et qui avaient jeté la terreur dans certaines contrées de l'Île; ces scélérats, qui avaient souillé leur âme dans les crimes les plus atroces, conservaient encore quelque crainte de Dieu, el ils espéraient vivre assez vieux pour avoir le temps de se repentir et obtenir le pardon de tous leurs méfaits.
A cet effet, ils suspendaient à leur cou dés médailles bénites, des scapulaires et d'autres objets sacrés moyennant lesquels ils se croyaient ingermati, c'est-à-dire invulnérables.
Dans les annales néfastes du banditisme, nous pourrions citer quelques-uns de ces criminels qui, après avoir trempé leurs mains dans le sang de leurs semblables pour exercer leur vengeance, ont en effet réussi à se soustraire sains et saufs aux persécutions de leurs ennemis et de la force publique par l'effet des scapulaires qu'ils portaient sur eux, et qui sont ensuite allés sur le Continent expier leurs forfaits dans les couvents, et ont passé le reste de leurs jours dans la plus austère pénitence.

 

 

Me contacter

Haut de page

Dernière mise à jour pour cette page : 09 juillet 2021