Bibliographie Livre d'or ***
 

 

 

CONTES ET LEGENDES DE CORSE

A VEGHJA (La veillée)

 

Vous pouvez écouter sur cette page un extrait de la chanson "Amerindianu" interprétée par DIANA DI L'ALBA

 

Tenant parfois en haleine son auditoire pendant toute une soirée, le conteur a transmis de génération en génération, à la faveur de ces longues nuits hivernales, une tradition orale où l'imaginaire et l'histoire du pays ont forgé au fil des siècles l'identité de l'âme corse. N'est pas conteur qui veut. Celui-ci est généralement pourvu d'une impressionnante mémoire et possède une imagination fertile et inépuisable. D'esprit vif, le conteur porte en lui avec talent l'humour et la gravité. Enfin, il possède à merveille le don de captiver son auditoire, le faisant rire ou pleurer, trembler ou rêver selon sa volonté. Cétait jadis en bonne partie sur lui que reposait la réussite d'une soirée, et nulle maison n'avait autant de visiteurs que celle où le conteur le plus réputé venait passer la veillée.

Des vieux au visage parcheminé qui fumaient leur pipe d'erba tabacca, jusqu'aux plus jeunes enfants assis par terre, tous écoutaient émerveillés celui qui racontait si bien les histoires de streghe (sorcières) ou de murtulaghji (revenants). Mais son répertoire contenait encore toutes les légendes de fées, de lutins, de monstres et autres démons qui peuplaient un monde imaginaire et mystérieux...

 

En hiver, les paysans rentrent tôt au village car les jours sont courts et la nuit tombe vite. Les outils sont remisés, dans le champ, la charrue est abandonnée et les bêtes sont mises à l'abri. Il ne faut pas s'attarder en chemin car on a peur de ces ténèbres qui sont l'univers des mazzeri (sorciers), des steghe (sorcières), des murtulaghji (revenants), des diavuli (diables) et autres démons.

On se hâte de rentrer au logis pour préparer la veillée qui rassemblera tout le monde autour de l'immense fucone.

Chaque soir, après avoir soupé, on se rend dans la maison d'un voisin, d'un parent ou d'un ami pour se joindre à la veillée (veghja) que chacun organise à son tour. L'atmosphère y est chaque fois différente car il y a toujours un conteur inspiré, un témoin auquel est survenu une aventure, un évènement à raconter... Autant d'histoires envoûtantes, étranges et fantastiques qui font vibrer ces heures dans la nuit noire et que l'imaginaire de nos jeunes années emporte bien au delà de nos rêves.

 

Dans la grande salle aux murs noircis et faiblement éclairée, assis autour de l'âtre où brûle une grosse bûche, on se serre pour faire place au nouvel arrivant qui vient de frapper à la porte d'entrée. Mamone (grand-mère) a mis à rôtir dans le testu (poêle) une grosse poignée de châtaignes cueillies aujourd'hui et Babone (grand-père)  a posé sur la table une bouteille de vin de sa vigne. 

Malgré l'épaisse fumée qui nous pique les yeux, nous les enfants,  silencieux, immobiles et sur nos gardes, évitant d'attirer l'attention des adultes de peur qu'ils ne nous envoient nous coucher, nous écoutons suspendus aux lèvres du conteur ces fole (histoires) qui pouvaient nous faire rire, pleurer, trembler ou rêver à volonté et que la nostalgie me rappelle aujourd'hui...

Babone (grand-père) découpe avec patience la feuille d'erba a tabaccu (herbe à tabac) qu'il tient au creux de sa main, bourre lentement sa longue pipe de bruyère, l'allume avec un tison, tire sa première bouffée et prononce lentement ces mots magiques : "C'era una volta ..." (Il était une fois...).

 

 

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Dernière mise à jour pour cette page : 12 septembre 2021